Je suis tombé (source) sur cet article du Point qui m’a interloqué d’une part par la virulence des attaques d’un journaliste aux certitudes bien ancrées, d’autre part et surtout de par les conséquences désastreuses de cet article: le licenciement d’un professeur et géopoliticien. Une nouvelle affaire qui démontre une nouvelle fois que la censure est bien réelle dans la France de 2009. Je reprends ci-dessous l’article en tentant de le décrypter.
Chauprade, l’homme qui forme les officiers et déforme l’histoire
Titre sans ambiguïté, sa fonction est présentée à côté d’une accusation sans appel. L’homme est un falsificateur potentiellement dangereux de par son influence sur les cadres de l’armée. La version officielle du 11 septembre est considérée comme une vérité incontestable.
par Jean Guisnel, spécialiste des questions de défense
L’auteur de l’article est posé comme expert dans le domaine, légitimant ainsi ce qui sortira sous sa plume.

Une capture d’écran d’un avion s’écrasant contre un tour lors des attentats du 11 septembre est juxtaposée au portrait du professeur barbu. La photo présente un fait incontestable, l’envoi d’avions contre les tours, et suggère la véracité de la version officielle. La présence de la photo en dessous du titre suggère également que Chauprade remettrait en cause l’existence des avions envoyés contre les tours et profite de la confusion souvent créée par les médias qui prétendent que les “complotistes” nient la présence d’avions.
Légende de la photo: Aymeric Chauprade, professeur au Collège interarmées de défense, conforte de son autorité “scientifique” les théories complotistes sur le 11 septembre 2001.
Utilisation des guillemets pour minimiser la portée scientifique des propos d’Aymeric Chauprade et contester son autorité.
Aymeric Chauprade est un géopoliticien qui ne cache pas ses convictions. Directeur de campagne de Philippe de Villiers aux européennes de 2004, en charge de la Revue française de géopolitique , il est très réservé sur l’ adhésion de la Turquie à l’Union européenne , et a planché en juillet 2007, parmi d’autres intervenants aux idées affirmées, lors des Universités d’été du mouvement Renaissance catholique sur le thème : ” le nationalisme est-il un péché ? ” Il s’est montré critique sur le récent Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, ce qui ne manque pas de courage pour un enseignant censé se trouver en phase avec la politique de défense nationale.
Portrait de Chauprade clairement destiné à le présenter comme homme de droite nationaliste et catholique, ce qu’il est probablement.
Chroniqueur expert au Figaro , auteur prolifique dont les livres sont acquis chaque année à des centaines d’exemplaires par nombre d’écoles militaires, il a récemment publié un gros ouvrage très illustré sur le thème du choc des civilisations cher à l’Américain Samuel Huntington décédé le mois dernier. Logiquement, s’agissant d’un spécialiste de géostratégie, Aymeric Chauprade s’intéresse au monde de “l’après-11-septembre”, dont il décline les évolutions d’une manière conforme à sa conception politique. Certes, c’est son droit. C’est tout juste si l’on se demande s’il est logique que le ministère de la Défense confie à un idéologue aux convictions aussi affichées, la chaire de géopolitique du CID ( Collège interarmées de défense , anciennement École de guerre).
Son influence en tant que chroniqueur et auteur est accentuée et ses centres d’intérêts mis en exergue pour en faire un idéologue. Son poste est remis en cause de manière très nette, ce qui ne serait certainement pas le cas si les idées qu’il défent étaient conformes à la doxa.
Rappelons que tous les officiers français promis à un avenir d’encadrement dans les armées, mais aussi de très nombreux officiers étrangers, soit plusieurs centaines de cadres militaires chaque année , suivent son enseignement à l’École militaire, à Paris.
On en remet une couche sur l’influence du professeur.
Or, il se trouve que ce professeur affiche dans son livre une perception pour le moins curieuse des attentats du 11-septembre. Dans son introduction générale qui s’étend sur dix pages, il présente les théories du complot qui foisonnent autour de cet événement, comme “une hypothèse qui ne manque pas d’argument à défaut de forcément convaincre”. Cette “hypothèse” étant en réalité la vision de “ceux qui pensent qu’un machiavélique complot américano-israélien a été le point de départ d’une guerre américaine contre le reste du monde”. Le point de vue est-il balancé, les sources contradictoires ? Non. Des recherches personnelles de celui qui se présente comme ayant “puissamment contribué à la renaissance des études géopolitiques en France” viendraient-elles conforter des sources inédites, des travaux scientifiques incontestables, sur ce prétendu complot ? Pas davantage. Le lecteur a seulement le droit à une compilation complaisante et sans recul, le plus souvent à l’indicatif.
On entre dans le vif du sujet et dans l’attaque principale: la perception curieuse des attentats du 11 septembre, ce qui signifie en bref que l’auteur de l’article pense que les positions de Chauprade sont farfelues. Le professeur a le malheur d’accorder de l’intérêt aux thèses conspirationnistes et de les trouver correctement argumentées. Jean Guisnel repositionne le politologue comme étant anti-américain et anti-israëlien (comprenez antisémite) et lui reproche de ne pas avoir pas utilisé d’arguments contradictoires, remettant en question son sérieux professionnel l’accusant d’une complaisance engagée.
Autorité “scientifique”
Sous-titre qui reprend la remise en question de l’autorité selon la technique déjà utilisée dans la légende de l’article.
L’attaque des tours jumelles du World Trade Center de New York et du Pentagone par des terroristes préparés par al-Qaïda ? “Le nouveau dogme du terrorisme mondial”, une “version officielle”, donc sujette à caution. Au World Trade Center, “l’incendie n’a pas été si violent que le prétend la commission d’enquête”. “L’onde de choc n’a pas pu provoquer l’effondrement. (…) Seule une démolition contrôlée par des explosifs permet d’obtenir un effondrement aussi rapide et parfait.” Le reste est à l’avenant.
Nouvelle utilisation des guillemets pour illustrer le manque de sérieux et ridiculiser des propos imaginaires du conspirationniste fou que serait le professeur. Quelques arguments remettant en question la version officielle du déroulement des attentats sont présentés pour montrer que le journaliste connaît la réthorique conspirationniste et la trouve insignifiante.
Ce qui pose problème sous la plume de cet enseignant qu’on penserait enclin à une certaine rigueur, c’est qu’il conforte de son autorité “scientifique” ces théories complotistes qu’il ne conteste pas, avec lesquelles il ne prend pas de distance. Un seul exemple : il prend à son compte la fable accusant George W. Bush et/ou les services secrets américains d’avoir organisé les attentats pour justifier une entrée en guerre. Cette version voudrait qu’il existât un “mystère” autour de l’effondrement du bâtiment 7 du World Trade Center, lequel a été détruit sans avoir été touché par un avion. Alors que les services officiels américains ont pris la peine de répondre à ces questions, dans un document publié le 21 août dernier , le professeur Chauprade ne cite pas cette source dans son ouvrage imprimé en décembre 2008 ! Comment s’en étonner, puisque la bibliographie qu’il propose sur ce sujet comprend sept sources univoques, toutes favorables à la thèse du complot ?
Nouvelle attaque du sérieux scientifique de Chauprade, suivi d’un exemple qui qualifie de fable les conclusions des conspirationnistes.
À la fin de ces dix pages intégralement biaisées, l’auteur se pose une question : “Comment une telle conspiration n’a-t-elle pas pu être démasquée dans un pays où tant de contre-pouvoirs peuvent jouer ?” Mais c’est tout simple, professeur : elle n’a pas existé !
Conclusion sans appel du procureur-journaliste, le professeur est un idiot qui se pose de fausses questions.
Le fait que tu sois étonné que la censure existe aussi en France est un scoop à lui tout seul.
Bien sûr que la censure existe, et ce que tu cites est effectivement une des facons de démonter une preuve scientifique.
Mais si tu es saint d’esprit, intéresses toi aux thèses que le scientifique cite, et tu verras qu’il met le doigt sur une censure bien plus grosse.
Par exemple : http://www.adicie.com/?s=complot
André Warhol disait que chaque personne aura droit à son quart d’heure de gloire.
Certains sont plus futés sue d’autres et n’attendent pas que ce quart d’heure arrive, il vont le chercher.
Et comme rien ne vaut la controverse même s’il elle puise ses origine dans les égouts, la théorie du complot est une source nauséabonde qui perdure depuis des années.
Les évènements du 11 septembre ne pouvaient y échapper.
Cet homme comme bien d’autres n’a d’autre expertise que celle de semer le doute, spécialiste de la plume et de la démagogie.
Bref ça pu !